Tu me manques ma douce
samedi 14 août 2010
vendredi 19 février 2010
Antoine de Saint Exupéry
Prière de la solitude
" Ayez pitié de moi, Seigneur, car me pèse ma solitude.
Il n'est rien que j'attende. Me voici dans cette chambre où rien ne me parle.
Et cependant ce ne sont point des présences que je sollicite,
me découvrant plus perdue encore si je m'enfonce dans la foule.
Mais telle autre qui me ressemble, seule aussi dans une chambre semblable,
voici cependant qu'elle se trouve comblée si ceux de sa tendresse vaquent ailleurs dans la maison.
Elle ne les entend ni ne les voit. Elle n'en reçoit rien dans l'instant.
Mais il lui suffit pour être heureuse de connaître que sa maison est habitée.
" Seigneur, je ne réclame rien non plus qui soit à voir ou à entendre.
Vos miracles ne sont point pour les sens.
Mais il vous suffit pour me guérir de m'éclairer l'esprit sur ma demeure.
" Le voyageur dans son désert, s'il est, Seigneur, d'une maison habitée,
malgré qu'il la sache aux confins du monde, il s'en réjouit.
Nulle distance ne l'empêche d'en être nourri, et s'il meurt, il meurt dans l'amour...
Je ne demande donc même pas, Seigneur, que ma demeure me soit prochaine.
" Le promeneur qui dans la foule a été frappé par un visage, le voilà qui se transfigure,
même si le visage n'est point pour lui.
Ainsi de ce soldat amoureux de la reine. Il devient soldat d'une reine.
Je ne demande donc même pas, Seigneur, que cette demeure me soit promise.
" Au large des mers il est des destinées brûlantes vouées à une île qui n'existe pas.
Ils chantent, ceux du navire, le cantique de l'île et s'en trouvent heureux.
Ce n'est point l'île qui les comble mais le cantique.
"Je ne demande donc même pas, Seigneur, que cette demeure soit quelque part...
" La solitude, Seigneur, n'est fruit que de l'esprit s'il est infirme.
Il n'habite qu'une patrie, laquelle est sens des choses.
Ainsi le temple quand il est sens des pierres. Il n'a d'ailes que pour cet espace.
Il ne se réjouit point des objets mais du seul visage qu'on lit au travers et qui les noue.
Faites simplement que j'apprenne à lire.
" Alors, Seigneur, c'en sera fini de ma solitude. "
Citadelle CXXII/III
lundi 23 novembre 2009
Pour toi
La nuit n'est jamais complète.
Il y a toujours puisque je le dis,
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.
Paul Eluard
Puisque je l'affirme,
Au bout du chagrin,
une fenêtre ouverte,
une fenêtre éclairée.
Il y a toujours un rêve qui veille,
désir à combler,
faim à satisfaire,
un cœur généreux,
une main tendue,
une main ouverte,
des yeux attentifs,
une vie : la vie à se partager.
Paul Eluard
dimanche 9 août 2009
Paul Eluard
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Ciel dont j'ai dépassé la nuit
Plaines toutes petites dans mes mains ouvertes
Dans leur double horizon inerte indifférent
Le front aux vitres comme font les veilleurs de chagrin
Je te cherche par delà l'attente
Par delà moi-même
Et je ne sais plus tant je t'aime
Lequel de nous deux est absent
"L'amour, la poésie"
mardi 28 octobre 2008
Louis-Ferdinand Céline
C'est peut-être ça qu'on cherche à travers la vie, rien que cela, le plus grand chagrin possible pour devenir soi-même avant de mourir.
"Voyage au bout de la nuit"
mercredi 13 février 2008
Version originale et traduction
If-
Rudyard Kipling (1910)
Rudyard Kipling (1910)
If you can keep your head when all about you
Are losing theirs and blaming it on you,
If you can trust yourself when all men doubt you.
But make allowance for their doubting too;
If you can wait and not be tired by waiting.
Or being lied about, don't deal in lies,
Or being hated, don't give way to hating,
And yet don't look too good, nor talk too wise:
If you can dream -and not make dreams your master
If you can dream -and not make dreams your master
If you can think -and not make thoughts your aim
If you can meet Triumph and Disaster
And treat those two impostors just the same;
If you can bear to hear the truth you've spoken
Twisted by knaves to make a trap for fools.
Or watch the things you gave your life to broken,
And stoop and build'em up with worn-out tools:
If you can make one heap of all your winnings
If you can make one heap of all your winnings
And risk it on one turn of pitch-and-toss,
And lose, and start again at your beginnings
And never breathe a word about your loss;
If you can force your heart and nerve and sinew
To serve your turn long after they are gone,
And so hold on when there is nothing in you
Except the Will which says to them: "Hold on!"
If you can talk with crowds and keep your virtue,
If you can talk with crowds and keep your virtue,
Or walk with Kings -nor lose the common touch,
If neither foes nor loving friends can hurt you,
If all men count with you, but none too much;
If you can fill the unforgiving minute,
With sixty seconds' worth of distance run.
Yours is the Earth and everything that's in it,
And -which is more- you'll be a Man, my son!
Tu seras un homme, mon fils
Traduction de Jules Castier (1949)
Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi ;
Si l'attente, pour toi, ne cause trop grand-peine :
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l'air trop bon ni parler trop sagement ;
Si tu rêves, - sans faire des rêves ton pilastre ;
Si tu penses, - sans faire de penser toute leçon ;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon ;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par des coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux ;
Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, - en un seul coup -
Et perdre - et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout ;
Si tu forces ton cœur, tes nerfs, et ton jarret
À servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l'arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne : « Tiens bon ! »
Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros ;
Si l'ami ni l'ennemi ne peuvent te corrompre ;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop ;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
À toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, - bien mieux - tu sera un Homme, mon fils.
Tu seras un homme, mon fils
Traduction de Jules Castier (1949)
Si tu peux rester calme alors que, sur ta route,
Un chacun perd la tête, et met le blâme en toi ;
Si tu gardes confiance alors que chacun doute,
Mais sans leur en vouloir de leur manque de foi ;
Si l'attente, pour toi, ne cause trop grand-peine :
Si, entendant mentir, toi-même tu ne mens,
Ou si, étant haï, tu ignores la haine,
Sans avoir l'air trop bon ni parler trop sagement ;
Si tu rêves, - sans faire des rêves ton pilastre ;
Si tu penses, - sans faire de penser toute leçon ;
Si tu sais rencontrer Triomphe ou bien Désastre,
Et traiter ces trompeurs de la même façon ;
Si tu peux supporter tes vérités bien nettes
Tordues par des coquins pour mieux duper les sots,
Ou voir tout ce qui fut ton but brisé en miettes,
Et te baisser, pour prendre et trier les morceaux ;
Si tu peux faire un tas de tous tes gains suprêmes
Et le risquer à pile ou face, - en un seul coup -
Et perdre - et repartir comme à tes débuts mêmes,
Sans murmurer un mot de ta perte au va-tout ;
Si tu forces ton cœur, tes nerfs, et ton jarret
À servir à tes fins malgré leur abandon,
Et que tu tiennes bon quand tout vient à l'arrêt,
Hormis la Volonté qui ordonne : « Tiens bon ! »
Si tu vas dans la foule sans orgueil à tout rompre,
Ou frayes avec les rois sans te croire un héros ;
Si l'ami ni l'ennemi ne peuvent te corrompre ;
Si tout homme, pour toi, compte, mais nul par trop ;
Si tu sais bien remplir chaque minute implacable
De soixante secondes de chemins accomplis,
À toi sera la Terre et son bien délectable,
Et, - bien mieux - tu sera un Homme, mon fils.
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